📜 Histoire · B2

La dynastie Lê

En 1428, Lê Lợi chassa les occupants chinois et fonda la dynastie Lê, la plus longue de l'histoire vietnamienne. Sous l'empereur Lê Thánh Tông, le pays connut un âge d'or de lois, de savoir et d'expansion.

La dynastie Lê

Il y a une légende que tout enfant vietnamien connaît. Un homme reçoit des mains d'une tortue divine une épée magique pour libérer son pays de l'occupant. La guerre gagnée, alors qu'il se promène en barque sur un lac de Hà Nội, la tortue resurgit et réclame l'épée : la paix étant revenue, l'arme doit retourner au royaume des eaux. Depuis, ce lac s'appelle Hồ Hoàn Kiếm (« hô hoan kiêm »), « le lac de l'Épée restituée ». L'homme de la légende, c'est Lê Lợi (« lê loï »), fondateur de la dynastie Lê, celui qui chassa les envahisseurs chinois et rendit au Đại Việt sa liberté. Ce héros ouvre la plus longue dynastie de l'histoire vietnamienne, qui verra aussi l'un de ses plus éclatants âges d'or.

Lam Sơn : la révolte d'un seigneur de la terre

Au début du XVe siècle, le Vietnam vit une période sombre. Après la chute de la dynastie Trần puis d'une lignée éphémère, la Chine des Ming en profite pour envahir et occuper le pays. L'occupation est dure : lourds impôts, travaux forcés, tentative d'effacer la culture locale, livres emportés ou détruits. Le Đại Việt semble redevenir une simple province de l'empire du nord.

C'est alors qu'un notable de la région de Lam Sơn (« lam son »), dans les montagnes de l'actuelle province de Thanh Hóa, décide de résister. Lê Lợi lève l'étendard de la révolte. D'abord traqué, réfugié dans les forêts, il mène une longue guérilla faite d'embuscades et de patience. Peu à peu, sa cause rallie le peuple. À ses côtés se tient un lettré de génie, Nguyễn Trãi (« nguyên traï »), stratège, diplomate et écrivain, qui donne à la lutte sa dimension politique et morale.

Après une dizaine d'années de combats, la révolte de Lam Sơn triomphe. En 1428, les Ming se retirent, et Lê Lợi monte sur le trône sous le nom de Lê Thái Tổ. Il fonde la dynastie que les historiens appellent la dynastie Lê postérieure, pour la distinguer d'une brève dynastie Lê antérieure des siècles plus tôt.

Bình Ngô đại cáo : la voix d'une nation

La victoire ne se dit pas seulement par les armes. Au nom de Lê Lợi, Nguyễn Trãi compose l'un des textes les plus célèbres de toute la littérature vietnamienne : le Bình Ngô đại cáo (« binh ngô daï cao »), la « Grande Proclamation sur la pacification des Ngô » — « Ngô » désignant ici l'envahisseur du nord. Ce texte est souvent considéré comme une seconde grande déclaration d'indépendance du Vietnam.

Il y affirme avec une fierté tranquille que le Đại Việt est un pays de civilisation ancienne, avec ses propres coutumes, ses propres talents, son propre territoire, distinct du grand voisin. Il célèbre la victoire comme le triomphe de la justice (nhân nghĩa, « nyan nghïa », l'humanité et le devoir) sur la violence. Encore aujourd'hui, des générations d'écoliers vietnamiens apprennent des passages de ce texte, qui résonne comme un acte de naissance moral de la nation.

La plus longue dynastie

La dynastie Lê a une particularité remarquable : c'est, dans sa durée, la plus longue de l'histoire vietnamienne. Fondée en 1428, elle traverse le XVe, le XVIe, le XVIIe et une partie du XVIIIe siècle. Son histoire n'est pourtant pas un long fleuve tranquille : après un premier siècle glorieux, elle connaît une éclipse quand une famille rivale, les Mạc, s'empare du pouvoir pendant plusieurs décennies. Les Lê sont ensuite restaurés, mais le pays se divise de fait en zones d'influence contrôlées par de puissants clans de seigneurs, les Trịnh au nord et les Nguyễn au sud, tandis que les empereurs Lê règnent sans toujours gouverner.

Cette longévité tient donc autant au prestige du nom Lê qu'à la réalité du pouvoir : longtemps, garder un empereur Lê sur le trône, même symbolique, servait à légitimer ceux qui gouvernaient réellement en son nom. Mais au sommet de sa force, au XVe siècle, la dynastie a produit un règne d'une splendeur qui a marqué à jamais la mémoire du pays.

Lê Thánh Tông et l'âge d'or

Si l'on ne devait retenir qu'un nom de cette dynastie après celui de Lê Lợi, ce serait celui de Lê Thánh Tông (« lê thang tông »), qui régna dans la seconde moitié du XVe siècle. Son long règne est considéré comme un véritable âge d'or du Đại Việt, une époque de paix, de prospérité, de bonne administration et de rayonnement culturel.

Lê Thánh Tông réorganise l'État en profondeur. Il structure l'administration en provinces, s'appuie sur un corps de mandarins (quan, « kouan ») recrutés par des concours fondés sur les classiques confucéens : l'accès aux hautes fonctions récompense le savoir et le mérite. Il fait dresser des cartes du royaume, encourage l'agriculture, promeut les arts et les lettres. Sous son règne, l'idéal confucéen d'un État ordonné, lettré et vertueux atteint son apogée au Vietnam.

Il est aussi un souverain-poète, qui aime réunir autour de lui des cercles de lettrés. La culture s'épanouit, les concours forment une élite savante, et le prestige de la capitale rayonne. C'est le portrait d'un monarque bâtisseur, à la fois homme d'État et homme de plume.

Le code des Hồng Đức, un monument juridique

L'héritage le plus durable de Lê Thánh Tông est sans doute un ensemble de lois : le code des Hồng Đức (Luật Hồng Đức, « luât hong duk »), du nom de l'ère de son règne. C'est l'un des grands monuments juridiques de l'Asie du Sud-Est et de l'histoire vietnamienne.

Ce qui frappe les historiens, c'est sa relative modernité pour l'époque. À côté de dispositions confucéennes classiques, le code reconnaît certains droits aux femmes rarement accordés ailleurs à cette période : la fille peut hériter, l'épouse conserve des droits sur les biens qu'elle a apportés, et le mariage suppose un certain consentement. Le code protège aussi, dans une certaine mesure, les plus faibles face aux puissants. Sans être une charte des libertés au sens moderne, il témoigne d'un souci d'équilibre et d'ordre social qui a marqué durablement le droit vietnamien.

L'expansion vers le sud

Le règne de Lê Thánh Tông est aussi celui d'une grande expansion vers le sud, ce mouvement séculaire que les historiens appellent parfois la « marche vers le sud » (Nam tiến, « nam tiên »). Au sud du Đại Việt s'étendait alors le royaume du Champa (Chăm Pa), une civilisation indianisée, brillante, dont on admire encore les tours de brique rouge disséminées le long de la côte.

Dans la seconde moitié du XVe siècle, les armées de Lê Thánh Tông remportent une victoire décisive sur le Champa et prennent sa capitale, Vijaya. Le royaume cham en sort durablement affaibli et réduit. Ce moment accélère l'extension du peuplement viet vers les terres du centre et, au fil des siècles suivants, jusqu'au delta du Mékong. La carte du Vietnam moderne, cette longue bande de terre étirée du nord au sud, est en partie l'héritage lointain de cette poussée entamée sous les Lê.

Concours, villages et vie quotidienne

Sous les Lê, le prestige des lettres imprègne toute la société. Les grands concours mandarinaux (thi, « thi ») deviennent la voie royale de l'ascension sociale : un fils de paysan doué, s'il triomphe des épreuves, peut espérer devenir mandarin et honorer tout son village. Les noms des lauréats les plus brillants sont gravés sur les fameuses stèles portées par des tortues du Temple de la Littérature, à Hà Nội, dont beaucoup datent précisément de l'époque des Lê. Réussir le concours, c'était inscrire son nom dans la pierre pour les siècles.

Cette culture du savoir s'enracine dans un monde profondément rural, celui des villages (làng, « lang ») ceints de bambous, avec leur maison commune, leurs rizières et leurs coutumes. L'État Lê s'appuie sur cet équilibre entre le pouvoir central des mandarins et l'autonomie des communautés villageoises. C'est là, dans cette rencontre du lettré et du paysan, du concours et de la rizière, que se forge une part durable de l'identité vietnamienne, où l'on respecte à la fois l'étude et la terre.

Ce que les Lê nous laissent

La dynastie Lê, c'est donc une double image. D'un côté, l'épopée fondatrice : un seigneur de la terre qui, l'épée à la main et la plume de Nguyễn Trãi à ses côtés, libère le pays de l'occupant et proclame, dans le Bình Ngô đại cáo, la dignité d'une nation. De l'autre, l'âge d'or de Lê Thánh Tông : un État confucéen ordonné, un code de lois avancé, une culture savante rayonnante et une expansion qui dessine peu à peu la géographie du pays.

Quand vous ferez le tour du lac de l'Épée restituée au cœur de Hà Nội, avec sa petite tour rouge posée sur un îlot et sa vieille tortue de légende, souvenez-vous que ce plan d'eau paisible porte le souvenir d'un homme qui rendit à son peuple à la fois sa liberté et son épée. Hồ Hoàn Kiếm. Le lac où l'histoire et la légende se confondent.

Le vietnamien à retenir

  • nhà Lê (nya lê) — la dynastie Lê
  • Lê Lợi (lê loï) — le fondateur, héros de la révolte de Lam Sơn
  • Lam Sơn (lam son) — la région d'où partit la révolte contre les Ming
  • Hồ Hoàn Kiếm (hô hoan kiêm) — « le lac de l'Épée restituée », à Hà Nội
  • gươm / kiếm (guom / kiêm) — l'épée
  • Bình Ngô đại cáo (binh ngô daï cao) — la « Grande Proclamation », texte fondateur
  • Lê Thánh Tông (lê thang tông) — l'empereur de l'âge d'or
  • Luật Hồng Đức (luât hong duk) — le code juridique des Hồng Đức
  • quan (kouan) — le mandarin, le fonctionnaire lettré
  • Nam tiến (nam tiên) — « la marche vers le sud », l'expansion territoriale
  • Chăm Pa (cham pa) — le royaume du Champa, au sud
  • nhân nghĩa (nyan nghïa) — la justice, l'humanité et le devoir

Apprends le vietnamien avec vietIQ

Un parcours interactif de zéro au niveau pro — tons, vocabulaire, culture.

Ouvrir vietIQ →