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Hồ Chí Minh

Hồ Chí Minh, surnommé affectueusement « oncle Hồ » (Bác Hồ), proclama l'indépendance du Vietnam en 1945 et mena la lutte pour la réunification. Il reste la figure fondatrice du Vietnam moderne.

Hồ Chí Minh

Il y a un visage que l'on croise partout au Vietnam : sur les billets de banque que l'on tend au marché, sur les affiches rouges des bâtiments publics, dans les manuels d'école et jusque dans les maisons où sa photographie voisine parfois l'autel des ancêtres. Un vieil homme au front dégarni, à la barbiche fine, au regard qui semble sourire. Les Vietnamiens ne l'appellent presque jamais par son titre officiel. Ils disent Bác Hồ (bak hô), « l'oncle Hồ », comme on parlerait d'un parent respecté et affectueux. Derrière ce surnom familier se cache l'une des figures les plus marquantes de l'histoire du pays : Hồ Chí Minh, celui dont le nom d'emprunt signifie à peu près « celui qui éclaire » ou « celui qui apporte la lumière ».

Un homme aux mille noms

L'histoire de Hồ Chí Minh commence bien avant le nom qui l'a rendu célèbre. Il naît à la fin du XIXe siècle dans la province de Nghệ An (ngué ann), au centre du Vietnam, une région réputée pour son caractère austère et rebelle. On lui connaît d'abord un nom d'enfance, puis un nom d'écolier, Nguyễn Tất Thành (nou-yeun tât thanh), « Nguyễn qui réussira tout ». Toute sa vie, il changera d'identité au gré de la clandestinité et de ses voyages : on lui prête des dizaines de pseudonymes. Ce n'est que tardivement qu'il adopte le nom sous lequel l'histoire le retiendra, Hồ Chí Minh.

Ce goût des noms multiples n'est pas anodin. Il raconte une vie de mouvement et de dissimulation. Jeune homme, il quitte le Vietnam en s'embarquant comme aide-cuisinier sur un navire. Il vit et travaille dans plusieurs pays au fil des années : il connaît les cuisines de bateau, les hôtels, les petits métiers. Il séjourne notamment en France, où l'on retient qu'il a fréquenté les milieux de la gauche et présenté des revendications en faveur des peuples colonisés. Il voyage aussi ailleurs en Europe et en Asie. De ces années d'errance, il rapporte une conviction qui ne le quittera plus : celle de l'indépendance de son pays, alors sous domination coloniale française au sein de l'Indochine.

La proclamation de 1945

Le moment qui grave son nom dans l'histoire se produit en 1945. La Seconde Guerre mondiale touche à sa fin ; l'Indochine a connu l'occupation, la famine, l'effondrement des pouvoirs en place. Dans ce vide, un mouvement que Hồ Chí Minh contribue à animer, le Việt Minh (viett minn) — abréviation d'une ligue pour l'indépendance du Vietnam —, prend l'initiative.

Le 2 septembre 1945, sur la place Ba Đình (ba dinn) à Hanoï, devant une foule immense, Hồ Chí Minh lit la Déclaration d'indépendance du Vietnam et proclame la naissance de la République démocratique du Vietnam. Le texte s'ouvre, de façon frappante, sur une citation évoquant l'égalité et les droits de l'homme, empruntée aux grandes déclarations occidentales : une manière habile de retourner contre les puissances coloniales leurs propres principes. Cette scène — l'homme mince à la voix posée, le drapeau rouge à l'étoile jaune, la foule silencieuse puis acclamant — est devenue l'une des images fondatrices du Vietnam moderne. La place Ba Đình reste aujourd'hui un lieu de mémoire majeur de la capitale.

Proclamer l'indépendance ne suffit pourtant pas à l'obtenir. Les années qui suivent sont celles d'une longue lutte. La puissance coloniale cherche à rétablir son autorité, et un conflit s'engage qui durera près d'une décennie, jusqu'à un tournant militaire décisif dans les montagnes du Nord-Ouest, à Điện Biên Phủ (dienn bienn fou). L'issue de cette bataille marque la fin de la présence coloniale française et débouche sur des accords qui, provisoirement, divisent le pays en deux au niveau du 17e parallèle.

La lutte pour la réunification

Le Vietnam se retrouve alors coupé en deux : un Nord et un Sud aux régimes opposés. Hồ Chí Minh dirige le Nord depuis Hanoï. La grande affaire de la seconde partie de sa vie devient la réunification du pays — refaire un seul Vietnam de ses deux moitiés séparées. C'est l'un des chapitres les plus douloureux de l'histoire vietnamienne, une guerre longue, meurtrière, aux répercussions mondiales, souvent appelée au Vietnam la « guerre américaine » (par symétrie avec la « guerre française » précédente).

Hồ Chí Minh n'en verra pas la fin. Il meurt à la fin des années 1960, avant que la réunification ne soit accomplie. Mais son nom reste le mot d'ordre de ce combat. Lorsque, au milieu des années 1970, la guerre s'achève et que le pays est réunifié, l'ancienne capitale du Sud, Sài Gòn, est officiellement rebaptisée Thành phố Hồ Chí Minh (thann fô hô chi minn), « la ville de Hồ Chí Minh » — même si, dans la conversation de tous les jours, beaucoup continuent de dire simplement Sài Gòn.

Un symbole national

Comprendre Hồ Chí Minh, c'est surtout comprendre ce qu'il représente aujourd'hui. Dans le Vietnam contemporain, il est bien davantage qu'un dirigeant du passé : il est devenu un symbole national, une figure quasi tutélaire. Son image incarne l'idée d'un pays qui a conquis son indépendance et retrouvé son unité.

Le culte qui l'entoure s'appuie sur une image soigneusement entretenue : celle d'un homme simple, frugal, proche du peuple. On aime raconter qu'il portait des sandales faites de pneus recyclés, qu'il vivait dans une modeste maison sur pilotis plutôt que dans un palais, qu'il s'adressait aux enfants avec tendresse. Ces récits, qu'ils relèvent du fait ou de l'image construite, nourrissent l'affection populaire résumée dans ce simple mot : Bác, « l'oncle ».

À Hanoï, on peut visiter le Lăng Chủ tịch Hồ Chí Minh (lang chou tïtch), le mausolée où son corps a été conservé et exposé, sur cette même place Ba Đình où il avait proclamé l'indépendance. Chaque jour, des files de visiteurs, Vietnamiens venus de tout le pays comme voyageurs étrangers, s'y recueillent en silence. Non loin, le palais présidentiel, sa maison sur pilotis et un bassin bordé de manguiers composent un ensemble où l'on vient toucher du regard la vie quotidienne de l'« oncle ».

Un homme dans la langue de tous les jours

Pour qui apprend le vietnamien, Hồ Chí Minh offre une leçon inattendue : celle de la manière dont la langue vietnamienne organise les rapports humains. Le fait qu'un pays entier appelle son fondateur Bác (bak), « oncle », n'a rien d'anodin. En vietnamien, on ne s'adresse presque jamais à quelqu'un par un neutre « vous » ou « tu » : on choisit un terme de parenté selon l'âge et le respect dû. On dit anh (grand frère), chị (grande sœur), em (cadet), ou bác (tante, oncle), ông et (grand-père, grand-mère). Appeler Hồ Chí Minh Bác Hồ, c'est donc l'inscrire dans la grande famille vietnamienne, comme un aîné bienveillant plutôt que comme un chef lointain. Ce simple mot en dit long sur le lien affectif que la culture entretient avec sa mémoire.

On retrouve d'ailleurs son nom et ses mots partout dans le paysage. Des rues, des écoles, des places portent son nom ou celui de moments liés à son histoire. La devise nationale que l'on lui associe volontiers — Độc lập – Tự do – Hạnh phúc (dôk lâp, tou zo, hann fouk), « Indépendance – Liberté – Bonheur » — figure en tête des documents officiels vietnamiens. Ces trois mots résument tout un idéal, et les apprendre, c'est déjà comprendre un morceau de l'imaginaire politique du pays. La formule illustre aussi joliment la richesse du vocabulaire vietnamien issu du fonds sino-vietnamien, ce socle de mots savants partagés avec la culture classique de la région.

Comprendre pourquoi et comment un peuple nomme ses héros, c'est déjà entrer dans sa langue par la grande porte. Derrière le personnage historique, il y a donc aussi une manière de parler, de désigner, de respecter — et c'est peut-être la leçon la plus vivante que l'oncle Hồ puisse offrir à qui découvre le vietnamien.

Rester juste et mesuré

Il faut, pour bien parler de Hồ Chí Minh, garder la mesure. C'est une figure historique complexe, dont l'action s'inscrit dans une époque de guerres, de décolonisation et d'affrontements idéologiques mondiaux. Les historiens en débattent, et les regards portés sur lui varient selon les sensibilités et les pays. Pour qui apprend le vietnamien et découvre la culture du pays, l'essentiel est de saisir ceci : Hồ Chí Minh est indissociable du récit national vietnamien. On ne peut pas comprendre le Vietnam moderne — ses drapeaux, ses noms de rue, ses fêtes officielles, son rapport à l'indépendance — sans croiser cet homme.

Alors, la prochaine fois que vous tiendrez un billet vietnamien entre les doigts, ou que vous passerez sous une bannière rouge frappée d'une étoile, vous reconnaîtrez ce visage. Et vous saurez pourquoi tout un pays l'appelle, avec un mélange de respect et de familiarité, Bác Hồ.

Le vietnamien à retenir

  • Bác Hồ (bak hô) — « l'oncle Hồ », le surnom affectueux de Hồ Chí Minh
  • bác (bak) — oncle/tante plus âgé(e) que ses parents ; marque de respect affectueux
  • Hồ Chí Minh (hô chi minn) — nom d'emprunt signifiant à peu près « celui qui éclaire »
  • độc lập (dôk lâp) — l'indépendance
  • tự do (tou zo) — la liberté
  • Tuyên ngôn độc lập (tou-yeun ngôn dôk lâp) — la Déclaration d'indépendance
  • quảng trường Ba Đình (koang tchoueng ba dinn) — la place Ba Đình, à Hanoï
  • Việt Minh (viett minn) — la ligue pour l'indépendance du Vietnam
  • thống nhất (thông nnyât) — la réunification, l'unité
  • Thành phố Hồ Chí Minh (thann fô hô chi minn) — la ville de Hồ Chí Minh (ex-Sài Gòn)
  • lăng (lang) — le mausolée, le tombeau monumental
  • cách mạng (kaïtch mang) — la révolution

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