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Sapa

Sapa est une ville de montagne du nord, souvent noyée dans la brume, entourée de rizières en terrasses. C'est le point de départ vers le Fansipan, le plus haut sommet d'Indochine (3 143 m).

Sapa

Le train de nuit vous a déposé à l'aube, et vous voilà qui montez dans la brume, la route serpentant toujours plus haut entre des versants d'un vert impossible. Puis, quand le brouillard se déchire un instant, le paysage s'ouvre : des rizières en terrasses dévalent la montagne en escaliers géants, une femme en habit brodé mène un buffle sur un sentier, et l'air, soudain, sent la fumée de bois et la terre humide. Vous êtes à Sapa (que l'on écrit aussi Sa Pa, prononcez « sa pa »), la petite ville de montagne du nord-ouest du Vietnam, accrochée aux flancs des plus hauts sommets du pays. Ici, on ne vient pas pour la mer ni pour les gratte-ciel : on vient pour le froid vivifiant, les nuages qui marchent, et un patchwork de peuples et de cultures qui n'existe nulle part ailleurs.

Une ville dans les nuages

Sapa se trouve dans la province de Lào Cai, tout près de la frontière chinoise, à une altitude où le climat change tout. Le mot que l'on retient vite, c'est sương mù (« seuong mou »), la brume, ce brouillard épais qui monte des vallées et enveloppe la ville des heures durant. Le paysage se voile et se dévoile sans prévenir : un instant on ne voit rien à dix mètres, l'instant d'après une trouée révèle tout un pan de montagne.

L'altitude apporte une fraîcheur rare au Vietnam. Les soirées sont froides, on sort les écharpes, et lors des hivers les plus rudes il arrive, très exceptionnellement, qu'un peu de neige (tuyết) tombe sur les sommets — un événement si insolite dans ce pays tropical qu'il fait accourir des curieux de tout le nord.

La ville elle-même est petite, ramassée autour d'un lac et d'une église de pierre héritée de l'époque coloniale. Mais on ne vient pas à Sapa pour la ville : on vient pour ce qui l'entoure.

Les rizières en escalier

L'image reine de Sapa, ce sont ses rizières en terrasses, en vietnamien ruộng bậc thang (« zouong bâk thang »), littéralement « les champs en marches d'escalier ». Sur des pentes que l'on croirait incultivables, des générations de paysans ont sculpté la montagne en gradins, chacun retenu par un muret de terre, chacun inondé d'un mince film d'eau où pousse le riz (lúa).

Le spectacle change avec les saisons. Au printemps, quand on remplit les terrasses d'eau, elles deviennent des miroirs qui reflètent le ciel, et la montagne semble faite d'écailles argentées. En été, tout verdit d'un vert électrique. À l'approche de la récolte (mùa gặt), à la fin de l'été et au début de l'automne, les terrasses virent à l'or : des vagues jaunes qui ondulent à flanc de montagne, ponctuées de silhouettes courbées, faucille à la main. C'est l'un des paysages agricoles les plus photographiés d'Asie, et pourtant, sur place, on est d'abord frappé par l'immense travail humain qu'il représente.

Autour, les vallées comme celle de Mường Hoa abritent des villages où l'on peut marcher de hameau en hameau, traversant les rizières sur d'étroites diguettes de terre, croisant canards, cochons noirs et enfants qui rentrent de l'école.

Un carrefour de peuples

Ce qui rend Sapa unique, ce sont ses habitants. La région est le foyer de plusieurs minorités ethniques (dân tộc thiểu số), des peuples qui ont leur propre langue, leurs vêtements, leurs coutumes, distincts de la majorité kinh (les Vietnamiens de la plaine).

  • Les H'Mông (souvent les H'Mông noirs, à cause de leurs habits teints à l'indigo d'un bleu si sombre qu'il paraît noir) portent des tenues brodées et travaillent le chanvre (cây lanh) pour en tirer leur fil. On reconnaît souvent leurs mains teintées de bleu par l'indigo.
  • Les Dao (prononcez « zao »), et notamment les Dao rouges, se distinguent par leurs coiffes et turbans écarlates, richement ornés. Chez certains groupes, les femmes s'épilent une partie du front, marque de beauté traditionnelle.
  • D'autres communautés — Tày, Giáy, Xá Phó — composent aussi cette mosaïque.

Rencontrer ces peuples, c'est comprendre que le Vietnam n'est pas un bloc mais une fédération de cultures. Beaucoup de femmes des villages parlent aujourd'hui plusieurs langues, y compris un anglais appris au contact des voyageurs, et guident les marcheurs à travers les rizières. Il faut cependant garder à l'esprit qu'on entre chez des gens : la curiosité se conjugue au respect, et une photo se demande d'un sourire.

Fansipan, le toit de l'Indochine

Dominant tout ce paysage se dresse le Fansipan (parfois écrit Phan Xi Păng), qui culmine à 3 143 mètres. C'est le plus haut sommet du Vietnam et de toute l'ancienne Indochine, ce qui lui vaut son surnom de « toit de l'Indochine » (nóc nhà Đông Dương, « le toit de la maison indochinoise »).

Longtemps, atteindre le sommet demandait plusieurs jours d'une randonnée exigeante, dans la boue, le froid et les nuages, réservée aux marcheurs endurcis. Aujourd'hui, un téléphérique spectaculaire hisse les visiteurs au-dessus des vallées et des forêts en une poignée de minutes, permettant à chacun, même sans entraînement, de toucher les nuages. Du sommet — quand la brume le veut bien — la vue plonge sur un océan de montagnes.

Les puristes regrettent la facilité ; d'autres se réjouissent que le toit du pays soit devenu accessible aux familles et aux anciens. Dans les deux cas, se tenir à plus de trois mille mètres, le vent dans le visage et les vallées à ses pieds, reste un moment fort.

Marcher, dormir chez l'habitant, partager

La meilleure façon de découvrir Sapa n'est pas de rester en ville, mais de marcher (đi bộ) dans les vallées. On part le matin, souvent guidé par une femme d'un village voisin, et l'on descend par des sentiers de terre entre les rizières, franchissant des ruisseaux, saluant les buffles. Le chemin relie des hameaux aux noms chantants — Lao Chải, Tả Van, Giàng Tà Chải — où la vie suit encore le rythme des saisons et des récoltes.

Beaucoup de voyageurs choisissent de dormir chez l'habitant, dans ce qu'on appelle un homestay : une nuit dans une maison de village, un repas partagé autour du feu, un bol de riz et de légumes du potager, parfois une gorgée d'alcool de maïs ou de riz que l'on vous tend avec un grand sourire. On dort sous d'épaisses couvertures, car la nuit mord ; au petit matin, la brume flotte encore sur les terrasses et les coqs se répondent d'une colline à l'autre. Ces moments simples — un thé chaud entre les mains, une conversation à demi-mots, un enfant curieux — valent souvent bien plus que n'importe quel panorama.

Il faut aussi le dire : le tourisme a profondément changé Sapa. La ville s'est agrandie, de grands hôtels ont poussé, et l'affluence peut surprendre. Mais dès qu'on quitte le centre pour les sentiers, la montagne retrouve son silence, et l'on comprend pourquoi ce coin du Vietnam fascine depuis si longtemps.

Marchés, brume et héritage colonial

Sapa doit une partie de sa physionomie aux Français, qui, au temps de la colonisation, cherchaient dans ces hauteurs un refuge contre la chaleur étouffante du delta. Ils y installèrent une station d'altitude (une « ville de montagne » où l'on venait respirer), des villas et l'église de pierre qui veille encore sur la place centrale. Ce passé se lit dans quelques bâtiments et dans l'idée même d'une ville de villégiature perchée dans les nuages.

Mais l'âme de Sapa, ce sont ses marchés (chợ, « tcheu »). On y vend de tout : légumes de montagne, herbes médicinales, tissus brodés, outils, animaux. Les jours de grand marché, les habitants des villages descendent en habits de fête ; c'est autant un lieu d'échange qu'un rendez-vous social, où l'on se retrouve, où les jeunes se rencontrent. L'odeur de la soupe thắng cố, du charbon et des herbes se mêle au brouhaha des marchandages en plusieurs langues.

Sur les étals et dans les gargotes, la cuisine de montagne réserve de belles surprises. On y goûte le thắng cố, ragoût robuste des H'Mông mijoté longuement, plat de fête des jours de marché ; le cơm lam, du riz gluant cuit dans un tube de bambou sur la braise, qui prend un délicat parfum de bois ; le porc noir local grillé, les champignons de forêt, les pousses de bambou. Sur un brasero, des épis de maïs et des patates douces rôtissent, et l'on s'en réchauffe les mains autant que le ventre. Les femmes des villages vendent aussi des herbes médicinales et des bains de plantes, une tradition de soin des Dao rouges réputée pour délasser après une longue marche dans le froid.

Le soir venu, on se réchauffe autour d'un bol fumant et, si le froid pique, d'un petit verre d'alcool de riz ou de maïs local. Dehors, la brume reprend ses droits, les lumières de la ville deviennent des halos, et l'on comprend pourquoi tant de voyageurs gardent de Sapa un souvenir presque irréel — celui d'une ville suspendue entre ciel et rizières.

Le vietnamien à retenir

  • Sa Pa (sa pa) — la ville de montagne du nord-ouest
  • núi (nouï) — la montagne
  • ruộng bậc thang (zouong bâk thang) — les rizières en terrasses
  • lúa (louo) — le riz (la plante)
  • sương mù (seuong mou) — la brume, le brouillard
  • Fansipan / Phan Xi Păng (fan si pang) — le plus haut sommet du Vietnam
  • nóc nhà Đông Dương (nop nya dong zeuong) — « le toit de l'Indochine »
  • dân tộc thiểu số (zân tôp thiêou seu) — les minorités ethniques
  • người H'Mông (ngeuoï hmong) — le peuple H'Mông
  • người Dao (ngeuoï zao) — le peuple Dao
  • chợ (tcheu) — le marché
  • ruộng (zouong) — la rizière, le champ

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