🏙️ Ville · A1
Hồ Chí Minh-Ville (Saigon)
La plus grande ville du pays, trépidante et moderne, au Sud.
Il est six heures du matin et déjà la ville gronde. Un fleuve de deux-roues se déverse dans les grandes avenues, klaxons joyeux, casques colorés, et sur chaque trottoir quelqu'un allume un petit réchaud pour faire chauffer un bouillon. L'air sent l'essence, le café torréfié et les herbes fraîches. Bienvenue à Hồ Chí Minh-Ville — que presque tout le monde ici appelle encore, avec tendresse, Sài Gòn (prononcé « saï gonn »). C'est la plus grande ville du Vietnam, son cœur économique battant, une métropole du Sud qui ne dort jamais vraiment et qui, entre gratte-ciel de verre et pagodes centenaires, incarne mieux que nulle part ailleurs le grand écart du Vietnam contemporain : ancré dans sa mémoire, tourné à toute vitesse vers l'avenir.
Une ville, plusieurs noms
Peu de villes portent leur histoire aussi visiblement dans leur nom. Avant d'être vietnamienne, la région fut longtemps un territoire de l'ancien royaume khmer, sous le nom de Prey Nokor — « la ville de la forêt » en khmer. À partir du XVIIe siècle, la migration vietnamienne vers le Sud (le fameux Nam tiến, « la marche vers le Sud ») transforme peu à peu la bourgade en cité vietnamienne. Elle devient Sài Gòn, un nom dont l'origine exacte reste discutée par les érudits, mais qui va s'imposer pour des siècles.
Puis vient la période coloniale française. À partir de la seconde moitié du XIXe siècle, Saïgon devient la capitale de la Cochinchine française, et les Français la rêvent en « Perle de l'Extrême-Orient ». Ils tracent de larges boulevards, plantent des tamariniers, bâtissent une cathédrale de briques rouges, un théâtre municipal, une poste centrale à la charpente métallique. Beaucoup de ces bâtiments sont toujours là, superbes, au milieu des tours modernes.
Enfin, en 1976, après la réunification du pays, la ville est officiellement renommée Thành phố Hồ Chí Minh (« la ville de Hồ Chí Minh »), en hommage au dirigeant historique. Mais dans la bouche des habitants, dans les chansons, sur les enseignes des marchés, « Sài Gòn » n'a jamais disparu. On dit souvent que le nom officiel est celui des documents, et « Sài Gòn » celui du cœur. Les deux coexistent sans se contredire, un peu comme deux couches d'une même identité.
Le quartier 1 et le visage moderne
Si vous arrivez en curieux, on vous emmènera d'abord dans le Quận 1 (le « quartier 1 », prononcé « couann mot »), le centre névralgique. C'est là que se concentre le Saïgon carte postale : l'avenue Đồng Khởi qui descend vers la rivière, les grands hôtels, les boutiques de luxe, et surtout ce contraste saisissant entre le patrimoine colonial et la verticalité neuve. La Bitexco Financial Tower, avec son héliport en saillie qui rappelle une fleur de lotus, a longtemps été le symbole de la nouvelle skyline avant d'être dépassée par des tours encore plus hautes.
À deux pas, la Nhà thờ Đức Bà (la cathédrale Notre-Dame, littéralement « l'église de la Dame vertueuse ») et la poste centrale attirent les photographes. Le soir, tout le quartier se transforme : les familles sortent, les jeunes se retrouvent sur la rue piétonne Nguyễn Huệ, une vaste esplanade où l'on flâne, où l'on mange une glace, où des adolescents répètent des chorégraphies devant leur reflet dans les vitrines. On y sent une énergie, une jeunesse, une envie de vivre presque électrique.
Chợ Lớn, le « grand marché » chinois
Changez de quartier, filez vers l'ouest, et l'ambiance mue complètement. Vous voici à Chợ Lớn (« le grand marché », prononcé « tcheu leunn »), que les étrangers appellent souvent Cholon. C'est le plus grand quartier chinois du Vietnam, cœur historique de la communauté sino-vietnamienne des Hoa. Ici, les enseignes se doublent de caractères chinois, les pharmacies traditionnelles alignent leurs tiroirs de plantes séchées, et l'encens monte en volutes dans des pagodes magnifiques comme la pagode Thiên Hậu, dédiée à la déesse de la mer.
Au centre, le marché Bình Tây bourdonne d'un commerce de gros incessant : sacs de riz, épices, tissus, babioles, tout s'y échange dans un vacarme affairé. Chợ Lớn raconte une autre facette de la ville : celle des vagues d'immigration, du commerce comme art de vivre, d'un métissage culturel patiemment tissé depuis des siècles.
Bến Thành et l'art de manger dans la rue
Impossible d'évoquer Saïgon sans son marché le plus célèbre, le Chợ Bến Thành, reconnaissable à sa tour de l'horloge. Sous ses halles, on trouve de tout : fruits tropicaux en pyramides, cafés en grains, sacs, souvenirs, et surtout des rangées de gargotes où l'on s'assoit au coude à coude pour goûter un bol de nouilles. C'est un lieu touristique, oui, mais aussi un condensé de la gourmandise du Sud.
Car Saïgon est une ville qui se mange debout, sur un petit tabouret en plastique, à même le trottoir. La cuisine du Sud est réputée plus sucrée, plus généreuse en herbes fraîches et en lait de coco que celle du Nord. On y déguste le cơm tấm (« riz brisé »), plat emblématique de la ville — du riz aux grains cassés servi avec une côtelette de porc grillée au feu de charbon, une odeur qui vous arrête net dans la rue. On y boit des jus de canne à sucre pressés à la minute, on y grignote des bánh mì au coin des rues. Manger ici, ce n'est pas seulement se nourrir : c'est un rituel social, une conversation, un art du quotidien.
Le café et le rythme des deux-roues
Deux images résument l'âme quotidienne de Saïgon. La première : les xe máy (« motos », prononcé « sè maille »), ces millions de scooters qui sont le vrai système circulatoire de la ville. Traverser une avenue à pied relève au début de l'exploit — le secret, disent les habitants, est d'avancer lentement et régulièrement, sans à-coups, en laissant le flot s'écouler autour de soi comme l'eau autour d'un rocher. Sur ces deux-roues, on transporte tout : des familles entières, des cages à oiseaux, des piles de cartons, parfois un arbre de kumquat entier avant le Nouvel An.
La seconde image : le café. Saïgon est une ville de cafés, au sens propre et figuré. À toute heure, on voit des gens assis face à la rue, un petit verre de cà phê sữa đá (café glacé au lait concentré) à la main, à regarder passer le monde. Le café n'est pas seulement une boisson, c'est un prétexte à s'asseoir, à discuter, à ralentir dans une ville qui fonce. Des échoppes minuscules aux chaînes climatisées branchées, le café structure la journée saïgonnaise.
Un moteur économique tourné vers l'avenir
Au-delà des cartes postales, Hồ Chí Minh-Ville est le poumon économique du pays. Elle concentre une part considérable de l'activité commerciale et industrielle nationale, attire les investissements étrangers, voit fleurir les start-up et les tours de bureaux. Un métro est venu compléter le réseau de transport, symbole des chantiers colossaux qui transforment la ville. La population, très jeune, y afflue de toutes les provinces à la recherche d'opportunités, ce qui donne à Saïgon cette réputation méritée de ville ouverte, pragmatique, où « on peut réussir si on travaille dur ».
Cette énergie a un revers — embouteillages, chaleur moite, inondations lors des grandes pluies de la mousson — mais elle explique aussi le charme irrésistible de l'endroit. Saïgon ne se visite pas comme un musée : elle se vit, elle bouscule, elle accueille. Elle est bruyante, généreuse, fatigante et attachante. Et quand la nuit tombe et que les néons se reflètent dans la rivière Saïgon, on comprend pourquoi tant de gens, venus pour quelques jours, décident finalement d'y rester.
Le long de la rivière, et le fil des saisons
La ville s'est bâtie le long de la rivière Saïgon (sông Sài Gòn, sông = fleuve, rivière), une eau brune et large qui serpente jusqu'à la mer. Longtemps colonne vertébrale commerciale, artère des jonques et des cargos, elle est aujourd'hui bordée de promenades et de tours neuves. De l'autre côté, l'ancien marais de Thủ Thiêm s'est mué en un tout nouveau quartier d'affaires, symbole vertigineux de la vitesse à laquelle Saïgon se réinvente. Le soir, des bateaux-restaurants illuminés glissent sur l'eau tandis que les néons des gratte-ciel s'y reflètent en longues traînées.
Saïgon vit aussi au rythme de deux saisons, et non de quatre. Ici, pas d'hiver : il fait chaud toute l'année. On distingue la saison sèche (mùa khô), de l'automne au printemps, lumineuse et poussiéreuse, et la saison des pluies (mùa mưa), où chaque après-midi le ciel se déchire en averses spectaculaires et brèves. En quelques minutes, les rues se transforment en rivières, les vendeurs sortent leurs bâches, les scootéristes enfilent des ponchos multicolores — puis le soleil revient, l'asphalte fume, et la vie reprend comme si de rien n'était. Cette météo tranchée fait partie du tempérament de la ville : intense, imprévisible, mais jamais rancunière. À peine la pluie finie, on ressort les tabourets, on rallume les réchauds, et le grand ballet des deux-roues repart de plus belle.
Le vietnamien à retenir
- Sài Gòn (saï gonn) — l'ancien et affectueux nom de la ville
- Thành phố Hồ Chí Minh (thann fo hô tchi minh) — « la ville de Hồ Chí Minh », nom officiel
- Quận 1 (couann mot) — le quartier / arrondissement 1, centre-ville
- Chợ Lớn (tcheu leunn) — « le grand marché », le quartier chinois (Cholon)
- chợ (tcheu) — marché
- Bến Thành (bénn thann) — le marché emblématique du centre
- xe máy (sè maille) — moto, scooter
- cà phê sữa đá (ka fé sua da) — café glacé au lait concentré
- cơm tấm (keum teum) — « riz brisé », plat emblématique de Saïgon
- người Hoa (ngueuï hoa) — les Sino-Vietnamiens
- sông Sài Gòn (song saï gonn) — la rivière Saïgon
- mùa mưa (moua meua) — la saison des pluies