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Nón lá — le chapeau conique

Le nón lá est le chapeau conique en feuilles de palmier, symbole du Vietnam. Léger et pratique, il protège du soleil comme de la pluie dans les rizières et les marchés.

Nón lá — le chapeau conique

Il y a une silhouette qui, à elle seule, dit « Vietnam ». Une femme penchée dans une rizière, le dos courbé sur les jeunes pousses de riz, et sur sa tête un cône parfait qui la protège du soleil comme un petit toit personnel. Ou bien une marchande de rue, deux paniers en équilibre sur une palanche, ce même cône clair sur la tête, qui se retourne en souriant. Ce chapeau, léger comme rien et pourtant chargé de sens, s'appelle le nón lá (« non la »), « le chapeau en feuilles ». Il est sans doute l'objet le plus reconnaissable du pays — et derrière sa simplicité se cache tout un savoir-faire, une poésie et une manière d'être au monde.

Un chapeau né des feuilles et du bambou

Le nom dit tout : nón veut dire « chapeau » et veut dire « feuille ». Le nón lá est donc, littéralement, le chapeau fait de feuilles. Ces feuilles proviennent le plus souvent du latanier ou d'autres palmiers, cueillies jeunes, séchées au soleil puis repassées à plat pour devenir lisses et souples comme du parchemin clair.

La structure, elle, est en bambou (tre, « tré »). L'artisan façonne d'abord une armature : une série de cercles de bambou de plus en plus petits, empilés en cône, maintenus par de fines baguettes qui filent de la pointe au bord. Sur ce squelette, on dispose les feuilles en couches, on les lisse, puis on les coud à l'armature avec un fil très fin, à points réguliers, en suivant les cercles. Ce travail, minutieux, demande des heures et une main sûre : un beau nón lá se reconnaît à la régularité de ses points de couture et à la transparence de ses feuilles quand on le lève vers la lumière.

Le résultat est un objet d'une intelligence désarmante. Le cône est léger — quelques dizaines de grammes —, il ne pèse rien sur la tête. Sa forme évacue la pluie qui glisse sur les côtés, et son ombre circulaire protège le visage et la nuque d'un soleil parfois brutal. En été, on peut même le tremper dans l'eau et le poser humide sur la tête : l'évaporation rafraîchit. Toit, parasol, éventail improvisé quand il fait trop chaud, récipient de fortune pour porter quelques fruits : le nón lá sait tout faire.

Le quai — cette jugulaire qui change tout

Un détail qu'on remarque à peine et qui pourtant compte : la jugulaire, la bride qui passe sous le menton et retient le chapeau. On l'appelle le quai nón (« kwaï non »). Sans elle, le premier coup de vent emporterait le cône ; avec elle, la marchande peut trotter, la paysanne se pencher, la lycéenne rouler à vélo, le chapeau reste en place.

Le quai est souvent fait d'un ruban de tissu, parfois de soie, dans des tons doux — bleu pâle, rose, violet. Il est fixé de chaque côté à l'intérieur du cône par une petite ganse. Chez les jeunes filles, ce ruban devient un accessoire de coquetterie : une touche de couleur qui encadre le visage. On raconte que la façon de nouer et de porter le quai en disait long, autrefois, sur celle qui le portait. Petit détail, grande élégance.

Le nón bài thơ de Huế : un poème caché dans la lumière

Toutes les régions font des nón lá, mais une ville a poussé l'art plus loin que les autres : Huế (« houé »), l'ancienne capitale impériale du centre du pays. Là est née une merveille : le nón bài thơ (« non baï teu »), le « chapeau-poème ».

Le principe est d'une délicatesse rare. Entre deux couches de feuilles translucides, l'artisan glisse des motifs découpés — souvent un poème en vietnamien, quelques vers sur Huế, sa rivière des Parfums, son pont, ses amours —, parfois accompagnés d'un dessin. En plein jour, on ne voit rien : le chapeau paraît uni. Mais levez-le à contre-jour, vers le soleil, et le poème apparaît, comme une écriture secrète surgie de la lumière. C'est un clin d'œil poétique, une manière très vietnamienne de cacher de la beauté là où on ne l'attend pas.

Le nón bài thơ est devenu un emblème de Huế, ville de lettrés, de cour impériale et de mélancolie douce. Il dit quelque chose de l'âme du centre du pays : la retenue, le goût du raffinement discret, l'idée que la beauté se mérite par le regard attentif.

Compagnon du quotidien, symbole d'un pays

Sortez dans la campagne vietnamienne et vous verrez le nón lá partout. Dans les rizières (ruộng lúa, « ruong loua »), où les repiqueuses avancent en ligne, cônes clairs alignés sur la boue vert tendre — l'une des images les plus photographiées du pays. Sur les marchés (chợ, « tcheu »), où les vendeuses de fruits, de légumes, de soupe, se protègent des heures durant. Sur les têtes des femmes qui portent la palanche (gánh, « gagne »), ce bambou d'épaule aux deux paniers dansants. Le nón lá accompagne le travail, l'effort, la marche sous le soleil.

Mais il est aussi devenu symbole. On le brandit dans les défilés, on l'offre en souvenir, on le retrouve stylisé sur les affiches touristiques, dans les danses traditionnelles où des jeunes femmes en áo dài (« ao zaï », la longue tunique fendue) le font tourner, s'en cachent le visage, le déploient comme une fleur. Il incarne une certaine idée du Vietnam : humble, gracieux, résistant, féminin sans être fragile.

Il faut aussi rendre justice à sa dimension populaire. Le nón lá n'est pas un objet de riches. Il coûte peu, il s'use, on en rachète un. C'est le chapeau du peuple, celui du paysan comme de la citadine modeste, et c'est peut-être pour cela qu'il touche tant : il n'appartient à personne et à tout le monde à la fois.

Nord et Sud, mille façons de porter le cône

Le nón lá n'est pas figé : il a ses variantes, ses modes, ses usages selon les régions et les métiers. Le cône « classique » que l'on voit dans les rizières est le plus répandu, mais il en existe de plus plats, de plus profonds, de plus grands. Certains chapeaux anciens, portés autrefois lors de cérémonies ou par des groupes précis, étaient ornés de fils colorés, de motifs brodés à l'intérieur, ou d'un rebord plus large.

La manière de le porter, elle aussi, en dit long. La marchande le rejette légèrement en arrière pour dégager son visage et voir ses clients ; la paysanne le rabat vers l'avant pour se protéger du soleil rasant du matin. On s'en évente d'un geste vif quand la chaleur devient étouffante ; on le retourne pour y déposer des mangues ou des légumes ; on le tient devant soi, par pudeur ou par jeu, quand un photographe s'approche. Le même objet, selon la main qui le tient, devient tour à tour outil, parure, éventail, panier ou paravent.

Il y a enfin le lien intime entre le nón lá et l'áo dài. Sur les affiches, dans les mariages, lors des fêtes nationales, la longue tunique fendue et le chapeau conique forment un duo indissociable, l'image la plus diffusée de la grâce féminine vietnamienne. Quand une jeune femme en áo dài blanc traverse une cour d'école à vélo, le nón lá posé sur ses cheveux et le quai flottant au vent, c'est tout un pays qui se reconnaît dans cette silhouette.

Un savoir-faire qu'on transmet et qu'on protège

Fabriquer un nón lá reste, dans bien des villages, une affaire de famille et de patience. Autour de Huế, ou dans des villages du Nord réputés pour leurs chapeaux, des ateliers perpétuent les gestes : choisir et sécher les feuilles, monter l'armature de bambou, coudre point par point. Souvent, ce sont les femmes et les anciens qui tiennent ce savoir, transmis de mère en fille, à la veillée.

Comme beaucoup d'artisanats, le nón lá affronte la concurrence des casquettes modernes et des matières industrielles. Beaucoup de jeunes citadins ne le portent plus au quotidien. Mais il ne disparaît pas : il se réinvente en objet de fierté culturelle, en cadeau, en décor, en emblème que l'on montre au monde. Acheter un nón lá directement à celle qui l'a cousu, dans un village, c'est participer à faire vivre un geste vieux de générations.

Au fond, ce simple cône de feuilles raconte le Vietnam mieux qu'un long discours : un pays de rizières et de mousson, où l'on a appris à faire beaucoup avec peu, à conjuguer l'utile et le beau, et à glisser un poème sous la lumière pour ceux qui savent regarder.

Le vietnamien à retenir

  • nón lá (non la) — le chapeau conique, « chapeau en feuilles »
  • nón bài thơ (non baï teu) — le « chapeau-poème » de Huế, poème caché à contre-jour
  • (la) — la feuille, la matière du chapeau
  • tre (tré) — le bambou, dont on fait l'armature
  • quai nón (kwaï non) — la jugulaire qui passe sous le menton
  • Huế (houé) — l'ancienne capitale impériale, patrie du chapeau-poème
  • ruộng lúa (ruong loua) — la rizière
  • chợ (tcheu) — le marché
  • gánh (gagne) — la palanche portée sur l'épaule
  • áo dài (ao zaï) — la longue tunique traditionnelle, souvent portée avec le nón lá
  • thơ (teu) — le poème, la poésie
  • che nắng (tché nang) — protéger du soleil

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