🏙️ Ville · A2
Hội An — la ville aux lanternes
Hội An était un port marchand animé où se croisaient Chinois, Japonais et Européens. Aujourd'hui, sa vieille ville se pare chaque soir de milliers de lanternes de soie multicolores.
Quand la nuit tombe sur la vieille ville, quelque chose de magique se produit. Une à une, des centaines de lanternes de soie s'allument — rouges, jaunes, roses, bleues, en forme de boules, de losanges, de bulbes — et se reflètent dans la rivière qui traverse la cité. Des enfants lâchent sur l'eau de petites bougies flottantes qui dérivent comme des étoiles tombées. Les rues sans voitures se remplissent d'une foule lente, l'air sent l'encens et la soupe, et les façades ocre des vieilles maisons prennent une teinte de miel. Bienvenue à Hội An (prononcez à peu près « hoï ann »), la ville aux lanternes, sans doute la plus attachante des cités du Vietnam, un ancien port marchand miraculeusement préservé où l'on a l'impression de remonter le temps.
Un port au carrefour des mondes
Pour comprendre Hội An, il faut remonter plusieurs siècles en arrière. Entre le XVᵉ et le XVIIIᵉ siècle, cette ville du centre du Vietnam fut l'un des ports de commerce les plus florissants de toute l'Asie du Sud-Est. Sa rivière, la Thu Bồn, ouvrait sur la mer et accueillait les navires chargés au gré des moussons (les vents saisonniers qui rythmaient alors toute la navigation).
De partout venaient les marchands : des Chinois, des Japonais, mais aussi des Hollandais, des Portugais, des Indiens. Ils échangeaient soie, céramiques, épices, thé, bois précieux. Certains s'installèrent, épousèrent des locales, bâtirent des maisons, des temples, des salles de réunion pour leurs communautés. C'est de ce brassage qu'est née l'âme si particulière de Hội An : une ville vietnamienne, oui, mais tissée d'influences chinoises, japonaises et européennes, visibles encore aujourd'hui à chaque coin de rue.
Avec le temps, le port s'ensabla et le grand commerce se déplaça, notamment vers Đà Nẵng, toute proche. Paradoxalement, ce déclin fut une bénédiction : figée dans son sommeil, la ville ne fut ni détruite ni modernisée à outrance, et elle traversa les siècles presque intacte. Aujourd'hui, sa vieille ville (phố cổ, « feu kô », littéralement « le vieux quartier ») est classée au patrimoine mondial de l'UNESCO.
Le pont-pagode japonais
S'il fallait choisir un emblème, ce serait le pont-pagode japonais, en vietnamien Chùa Cầu (« tchouo kôou »), ce qui signifie littéralement « la pagode-pont » — un pont qui abrite un petit temple. Construit il y a plusieurs siècles par la communauté japonaise de la ville, c'est un pont de bois couvert, à la toiture recourbée, qui enjambe un petit canal.
À chaque extrémité veillent des statues d'animaux gardiens — d'un côté des chiens, de l'autre des singes. La légende raconte plusieurs choses à leur sujet ; on dit notamment que le pont aurait été commencé une année du singe et achevé une année du chien. À l'intérieur, un minuscule autel est dédié à une divinité protectrice. Ce petit pont, gracieux et intrigant, est si cher au pays qu'on le retrouve représenté sur les billets de banque vietnamiens.
Les maisons anciennes et les salles de réunion
Se promener dans Hội An, c'est entrer dans les maisons anciennes (nhà cổ). Certaines familles habitent la même demeure depuis de nombreuses générations et en ouvrent les portes aux visiteurs. On y découvre une architecture pensée pour le commerce et le climat : une boutique sur la rue, un patio ouvert au milieu pour la lumière et l'air, un entrepôt donnant sur la rivière à l'arrière. Le bois sombre est sculpté avec finesse, mêlant motifs chinois, japonais et vietnamiens.
Beaucoup de ces maisons portent encore les traces des crues : chaque automne, la rivière peut monter et inonder le rez-de-chaussée, et l'on voit parfois, sur un mur, les marques peintes des grandes inondations passées. Les habitants ont appris à vivre avec l'eau, hissant meubles et marchandises à l'étage quand le fleuve gonfle.
Les communautés chinoises, elles, ont laissé de somptueuses salles de réunion (hội quán), à la fois lieux de culte et maisons communes où les marchands d'une même région d'origine se retrouvaient. Portails ornés, dragons de céramique, cours parfumées de spirales d'encens qui brûlent lentement au plafond : ces lieux respirent la ferveur et la prospérité d'autrefois.
La ville des tailleurs et des artisans
Hội An est aussi, depuis toujours, une ville de mains habiles. Sa réputation la plus vivace aujourd'hui, c'est celle de ses tailleurs (thợ may, « theu maï »). Dans des centaines d'ateliers, on peut faire confectionner sur mesure, en un temps étonnamment court, une chemise, un costume, une robe, parfois une copie d'un vêtement apporté en photo. Cette tradition prolonge le grand passé textile de la ville : ici, la soie (lụa) a toujours été reine, du fil du ver à soie jusqu'aux étoffes chatoyantes.
Autour, tout un artisanat perdure : la poterie du village voisin de Thanh Hà, la menuiserie d'art de Kim Bồng, la fabrication des lanternes. Car les fameuses lanternes de Hội An ne tombent pas du ciel : ce sont des artisans qui, patiemment, courbent des tiges de bambou en carcasses puis les habillent de soie tendue et colorée. Beaucoup d'ateliers proposent aux visiteurs d'en fabriquer une de leurs propres mains.
Les lanternes et la fête de la pleine lune
Mais c'est la nuit que Hội An révèle sa plus pure beauté. Chaque soir déjà, les lanternes transforment la vieille ville en un rêve coloré. Et une fois par mois, à la pleine lune (rằm, « zam »), la magie redouble : c'est la fête des lanternes. Ce soir-là, on éteint autant que possible l'éclairage électrique, et la ville ne vit plus qu'à la lueur tremblante des lampions et des bougies.
Sur la rivière Thu Bồn, la coutume veut que l'on dépose de petites lanternes flottantes en papier, une bougie allumée au centre. En les confiant au courant, on formule un vœu, une prière pour un proche, un remerciement. Des dizaines, des centaines de ces petites lumières s'éloignent lentement sur l'eau noire, portées par le fil du fleuve. Le spectacle est bouleversant de douceur.
Autour, la fête bat son plein : musique traditionnelle, jeux d'autrefois, stands de bánh (gâteaux et beignets) et de spécialités locales comme le cao lầu, ces nouilles épaisses propres à Hội An que l'on ne trouve, dit-on, nulle part ailleurs, car l'eau de leur préparation viendrait de puits anciens de la ville.
Une cuisine de port, métissée et généreuse
Ville de commerce et de rencontres, Hội An a aussi une cuisine parmi les plus raffinées du pays, née elle aussi du métissage. Outre le cao lầu déjà cité, deux plats font le voyage à eux seuls. Le premier, les hoành thánh (des raviolis et won-tons hérités de la cuisine chinoise), frits ou en bouillon, croustillants et délicats. Le second, une petite merveille au nom charmant : les bánh bao bánh vạc, surnommées les « roses blanches » (white roses) car ces raviolis translucides de farine de riz, pincés à la main, ressemblent à de minuscules fleurs de pétales pâles.
Il faut aussi goûter le bánh mì de Hội An, ce sandwich né de la rencontre entre la baguette héritée des Français et les saveurs vietnamiennes — pâté, herbes, légumes marinés, sauces secrètes — que certaines échoppes de la ville ont rendu si fameux qu'on fait la queue pour en obtenir un, encore tiède, croustillant dehors et fondant dedans. Cette cuisine de rue se déguste le mieux au hasard des marchés, un tabouret sous les fesses, en regardant la vie passer.
Se perdre, tout simplement
Le vrai plaisir de Hội An ne se planifie pas : il se cueille en flânant. Louer un vélo (xe đạp) et filer entre les rizières et les palmeraies jusqu'à la plage. S'asseoir au bord de l'eau avec un café glacé et regarder passer les barques. Marchander un chapeau conique. Se laisser surprendre par une ruelle, une cour, un temple. Le soir, revenir vers les lanternes, encore et encore.
Aux portes de la ville, la campagne prolonge la promenade. Le village maraîcher de Trà Quế cultive ses herbes odorantes selon des méthodes anciennes, entre deux rangs de salades ; les cocoteraies d'eau de Cẩm Thanh se parcourent à bord des fameux paniers-bateaux ronds en bambou, les thúng chai, que les rameurs font parfois tournoyer sur eux-mêmes pour amuser les visiteurs. Et si l'on pousse un peu plus loin, on atteint le sanctuaire de Mỹ Sơn, ensemble de temples de brique édifiés par l'ancien royaume cham, lui aussi classé par l'UNESCO — preuve que cette région du centre fut, bien avant l'ère des marchands, un carrefour de civilisations.
Peu de villes savent, comme Hội An, tenir ensemble le poids de l'histoire et la légèreté d'un soir de fête. On y arrive pour les vieilles pierres ; on en repart avec, dans les yeux, la lueur d'une bougie qui s'éloigne sur la rivière.
Le vietnamien à retenir
- Hội An (hoï ann) — la « ville aux lanternes », ancien port marchand
- phố cổ (feu kô) — la vieille ville, le vieux quartier
- đèn lồng (den long) — la lanterne
- Chùa Cầu (tchouo kôou) — le pont-pagode japonais, emblème de la ville
- chùa (tchouo) — la pagode, le temple bouddhiste
- nhà cổ (nya kô) — la maison ancienne
- hội quán (hoï kouann) — la salle de réunion d'une communauté marchande
- thợ may (theu maï) — le tailleur (de vêtements)
- lụa (louo) — la soie
- rằm (zam) — la pleine lune (jour de fête)
- cao lầu (kao lôou) — les nouilles emblématiques de Hội An
- sông (song) — le fleuve, la rivière