🙏 Us & coutumes · A1

Respecter les aînés

À faire : saluer et servir les aînés en premier, et adapter le pronom selon l'âge. Le respect des anciens structure toute la vie sociale et familiale.

À table, dans une famille vietnamienne, personne ne touche à son bol tant que les aînés n'ont pas commencé. On leur sert le thé en premier, on leur offre les meilleurs morceaux, on incline légèrement la tête en leur adressant la parole. Et surtout, on ne les appelle jamais par un simple « tu » : on les nomme grand-père, grande sœur, oncle, selon leur âge et leur place. Respecter les aînés n'est pas au Vietnam une politesse parmi d'autres : c'est le cœur battant de toute la vie sociale, inscrit jusque dans la grammaire de la langue. Comprendre cela, c'est comprendre à la fois comment on se comporte et comment on parle — deux choses ici inséparables.

Servir et saluer les aînés en premier

La règle est simple et omniprésente : dans presque toute situation, l'aîné passe avant. On le salue en premier en arrivant, chào (« tchao ») en s'adressant d'abord au plus âgé de la pièce. À table, on l'invite à commencer, on lui sert le riz et le thé avant les autres, on lui présente les plats des deux mains. Dans les déplacements, on lui laisse la meilleure place, la place « haute », souvent face à la porte ou près de l'autel des ancêtres. On l'écoute sans le couper, on baisse un peu la voix, on évite de le contredire frontalement.

Cette préséance n'a rien d'une contrainte pesante pour les Vietnamiens : elle va de soi, apprise dès l'enfance. Un enfant qui rentre à la maison salue nommément chaque adulte présent ; ne pas le faire serait vu comme un manque d'éducation flagrant. Cette habitude de saluer, chào hỏi (« tchao hoï »), est l'une des premières choses qu'on inculque aux petits, avant même de savoir bien parler.

  • À faire : saluer et servir la personne la plus âgée en premier.
  • À faire : attendre que l'aîné commence à manger, ou l'y inviter poliment.
  • À éviter : contredire vivement un aîné en public, ou lui couper la parole.

La piété filiale : le devoir de cœur

Ce respect s'enracine dans une valeur centrale héritée du confucianisme : la piété filiale, hiếu (« hiéou »). C'est le devoir d'aimer, d'honorer et de prendre soin de ses parents et de ses aïeux, de leur vivant et après leur mort. On dit souvent qu'un enfant « a du hiếu » (có hiếu, « ko hiéou ») quand il se dévoue pour ses parents ; c'est l'un des plus beaux compliments qu'on puisse faire à quelqu'un. À l'inverse, être bất hiếu (« bât hiéou »), sans piété filiale, est une accusation grave.

Concrètement, le hiếu se vit au quotidien : les enfants adultes soutiennent leurs parents âgés, souvent les accueillent sous leur toit, prennent soin d'eux plutôt que de les confier à une institution. Plusieurs générations vivent fréquemment ensemble, et cette proximité entretient un tissu de devoirs et d'affection réciproques. Respecter un aîné, ce n'est donc pas seulement une question de bonnes manières : c'est participer à une chaîne de gratitude qui relie les vivants aux ancêtres.

Le culte des ancêtres : honorer ceux qui nous précèdent

Cette chaîne ne s'arrête pas à la mort. Dans presque chaque foyer trône un autel des ancêtres, le bàn thờ (« bane teu »), placé en hauteur, à l'endroit le plus digne de la maison. On y dispose des photos des défunts, de l'encens, hương (« heung »), des fruits, du thé, parfois un peu de nourriture. On y allume des bâtons d'encens aux dates importantes — l'anniversaire de la mort d'un aïeul, le giỗ (« zô »), le Nouvel An, les grandes fêtes — pour inviter les ancêtres à revenir parmi les leurs.

Le culte des ancêtres, thờ cúng tổ tiên (« teu koung tô tiène »), n'est pas exactement une religion : c'est une manière de garder les morts présents, de leur montrer qu'on ne les oublie pas, de leur demander protection et de leur rendre grâce. Respecter les aînés vivants et honorer les ancêtres morts sont les deux faces d'un même geste : reconnaître qu'on doit la vie et tout ce qu'on est à ceux qui nous ont précédés. C'est cette continuité qui donne au respect des aînés sa profondeur presque sacrée.

Le système des pronoms : parler, c'est se situer

Voici sans doute l'aspect le plus fascinant — et le plus utile à apprendre. En vietnamien, il n'existe pas de « je » et de « tu » universels et neutres comme en français. Pour dire je et tu, on choisit des termes empruntés au vocabulaire de la famille, selon l'âge et le statut de chacun. On se situe donc, à chaque phrase, dans un réseau de parenté symbolique. Parler correctement le vietnamien, c'est d'abord savoir comment appeler l'autre et comment se nommer soi-même face à lui.

Voici les pronoms essentiels, à connaître absolument :

  • ông (« ông ») — grand-père ; pour un homme âgé, ou qu'on respecte beaucoup. « Vous » très déférent.
  • (« ba ») — grand-mère ; pour une femme âgée. « Vous » très déférent.
  • bác (« bak ») — oncle/tante plus âgé(e) que ses parents ; respectueux et chaleureux.
  • chú (« tchou ») — oncle plus jeune que le père ; pour un homme d'âge mûr.
  • (« kô ») — tante, jeune femme adulte, aussi « madame » ou une enseignante.
  • anh (« an ») — grand frère ; pour un homme un peu plus âgé que soi. Très courant.
  • chị (« tchi ») — grande sœur ; pour une femme un peu plus âgée que soi.
  • em (« em ») — cadet(te) ; pour une personne plus jeune, ou entre amoureux.
  • cháu (« tchaou ») — petit-enfant, neveu/nièce ; comment un enfant se désigne face à un adulte âgé.
  • con (« kone ») — enfant ; comment on se nomme face à ses parents, ou dont on nomme un enfant.

Le vertige, pour le débutant, c'est que le même mot sert de « je » et de « tu » selon qui parle. Si une jeune femme s'adresse à un homme un peu plus âgé, elle l'appelle anh (« tu, grand frère ») et se désigne elle-même em (« moi, la cadette »). Lui, en retour, est anh pour lui-même et l'appelle em. Face à un vieil homme, on l'appelle ông et on se dit cháu (« moi, le petit-enfant »). Chaque relation redistribue les rôles.

Bien choisir, c'est déjà respecter

Ce système n'est pas qu'une difficulté grammaticale : c'est un formidable outil de respect. Choisir le bon pronom, c'est reconnaître d'emblée l'âge et le rang de l'autre, et donc lui témoigner de la considération. Appeler anh un homme qui a votre âge, c'est le grandir un peu ; l'appeler em à tort pourrait le vexer. Appeler ông ou une personne âgée, c'est lui offrir le respect qui lui est dû. Beaucoup de premières conversations commencent d'ailleurs par une petite négociation implicite : on cherche à savoir qui est l'aîné pour ajuster les mots.

Pour l'apprenant, quelques repères pratiques aident beaucoup :

  • Dans le doute face à une personne clairement plus âgée, ông / (très respectueux) ne froisse jamais.
  • Avec quelqu'un d'à peu près votre âge, anh (homme) et chị (femme) sont des valeurs sûres et chaleureuses.
  • Envers un enfant ou quelqu'un de nettement plus jeune, em ou cháu conviennent.
  • Le petit mot dạ (« ya ») placé avant une réponse marque le respect : dạ, vâng (« oui, respectueusement »).
  • On ajoute souvent (« a ») en fin de phrase pour la rendre polie envers un aîné.

Un respect vivant, pas une raideur

On pourrait croire que tout cela rend les rapports guindés. C'est l'inverse : ce cadre rend les relations chaleureuses, parce qu'il transforme chaque interlocuteur en membre d'une grande famille symbolique. Appeler une vendeuse (« ma tante »), un chauffeur un peu plus âgé anh (« grand frère »), une vieille dame (« grand-mère »), c'est tisser instantanément un lien de proximité respectueuse. Loin de créer de la distance, la hiérarchie de l'âge crée de la tendresse encadrée.

Respecter les aînés, au Vietnam, ce n'est donc pas s'incliner devant un pouvoir : c'est reconnaître le temps, l'expérience et la vie transmise. Ce respect se sert d'abord à table, se dit dans le choix d'un pronom, se prolonge devant l'autel des ancêtres. Pour qui apprend la langue, maîtriser ce jeu de pronoms est sans doute la clé la plus précieuse : car en vietnamien, on ne peut pas ouvrir la bouche sans dire, déjà, à qui l'on parle et quel respect on lui porte.

Le vietnamien à retenir

  • ông (ông) — grand-père ; homme âgé (« vous » très respectueux)
  • (ba) — grand-mère ; femme âgée (« vous » très respectueux)
  • anh (an) — grand frère ; homme un peu plus âgé
  • chị (tchi) — grande sœur ; femme un peu plus âgée
  • em (em) — cadet(te) ; personne plus jeune
  • cháu (tchaou) — petit-enfant, neveu/nièce
  • con (kone) — enfant (face aux parents)
  • (kô) — tante, madame, jeune femme adulte
  • hiếu (hiéou) — la piété filiale, le devoir envers les parents
  • thờ cúng tổ tiên (teu koung tô tiène) — le culte des ancêtres
  • bàn thờ (bane teu) — l'autel des ancêtres
  • dạ (ya) — particule de respect placée avant une réponse

Apprends le vietnamien avec vietIQ

Un parcours interactif de zéro au niveau pro — tons, vocabulaire, culture.

Ouvrir vietIQ →