🙏 Us & coutumes · A2
Marchander
À faire : au marché, marchander fait partie du jeu — avec le sourire, sans s'énerver. À éviter : négocier dans les boutiques à prix affichés.
Sur un marché de Hà Nội à l'aube, une marchande vous lance un prix pour un régime de bananes, les yeux rieurs. Vous froncez les sourcils, vous souriez, vous proposez la moitié en secouant doucement la tête. Elle pousse un petit cri théâtral, comme si vous l'aviez blessée, remonte un peu, vous remontez à votre tour, et en trente secondes de sourires et de faux soupirs, un prix naît — quelque part au milieu — qui convient à tous les deux. Vous repartez avec vos bananes et, en prime, un vrai moment d'humanité partagée. Voilà le marchandage vietnamien : non pas une bataille, mais un petit jeu social où le sourire compte autant que le chiffre. Encore faut-il savoir où, quand et comment y jouer.
Où l'on marchande — et où l'on ne marchande pas
La première règle est de savoir lire le lieu. Le marchandage a ses territoires, et s'y tromper met tout le monde mal à l'aise.
- On marchande au marché traditionnel, le chợ (« tcheu »), sur les étals de rue, chez les vendeurs ambulants, dans les échoppes de souvenirs, pour un trajet en cyclo ou en moto-taxi, et souvent pour l'artisanat sans étiquette. Là, le prix annoncé est un point de départ, une invitation à discuter.
- On ne marchande pas là où les prix sont affichés et fixes : supermarchés, supérettes, chaînes, boutiques modernes, cafés, restaurants avec menu, pharmacies. Tenter de négocier une brique de lait à la caisse d'un supermarché n'aurait aucun sens et gênerait la caissière.
Un bon repère : s'il y a une étiquette de prix (giá niêm yết, « za nième yète », « prix affiché »), on paie ce qui est écrit. S'il n'y en a pas, la porte est ouverte à la discussion. Dans le doute, une question suffit : giá này cố định không? (« ce prix est-il fixe ? »).
L'esprit du jeu : le sourire d'abord
Le cœur du marchandage vietnamien, c'est son esprit. Ce n'est pas un affrontement où l'on cherche à écraser l'autre, mais un échange bon enfant où l'on préserve la bonne humeur — et donc la « face » de chacun. Le vendeur ne veut pas se sentir arnaqué ; l'acheteur ne veut pas se sentir volé ; et l'art consiste à trouver, en souriant, le point où les deux sont contents.
Quelques principes rendent le jeu agréable et efficace :
- Souriez, restez léger. Un marchandage joué avec humour aboutit presque toujours ; un marchandage agressif se bloque. Ne perdez jamais votre calme pour quelques milliers de đồng.
- Demandez d'abord le prix : cái này bao nhiêu (tiền)? (« kaï naï bao gniou tièn ? », « ça coûte combien ? »).
- Proposez plus bas, sans excès. Une contre-offre autour de la moitié ou des deux tiers du premier prix est courante sur les marchés touristiques ; ailleurs, la marge est plus faible. Visez un prix juste, pas une humiliation.
- Soyez prêt à partir. Dire đắt quá (« dat koua », « c'est trop cher ») et amorcer un pas vers la sortie est le plus vieux et le plus efficace des arguments. Souvent, on vous rappellera.
- Achetez en quantité pour obtenir un meilleur prix, ou groupez plusieurs articles chez le même vendeur.
- Sachez conclure. Une fois d'accord, on n'y revient pas : marchander puis renoncer après que le vendeur a cédé est très mal vu.
- Un mot de bon sens : ne vous acharnez pas pour des sommes dérisoires. Se battre âprement pour l'équivalent de quelques centimes fait perdre la face aux deux, et le sourire avec.
Les nombres et la monnaie : compter en đồng
Impossible de marchander sans un peu de vocabulaire des nombres, d'autant que la monnaie, le đồng (« dong »), se compte en grands chiffres : un café peut coûter 25 000 đồng, un repas de rue 40 000, un souvenir 100 000. Les zéros défilent, et c'est justement là qu'un acheteur pressé se fait parfois avoir.
Voici les briques de base pour compter :
- một (« mote ») = 1, hai (« haï ») = 2, ba (« ba ») = 3, bốn (« bone ») = 4, năm (« nam ») = 5.
- sáu (« sao ») = 6, bảy (« baï ») = 7, tám (« tam ») = 8, chín (« tchine ») = 9, mười (« meu-eu-i ») = 10.
- trăm (« tcham ») = cent, nghìn / ngàn (« gnine / gnane ») = mille (le premier au Nord, le second au Sud).
Ainsi hai mươi lăm nghìn (« haï meu-eu-i lam gnine ») = 25 000. Dans la rue, les gens abrègent : ils disent souvent « hai lăm » pour 25 (sous-entendu mille), ou même juste hai nhăm en gardant le contexte des milliers. Beaucoup comptent aussi en « milliers » sous-entendus : « nó bốn chục » veut dire « quarante » (mille). Le mot chục (« tchouc ») désigne d'ailleurs une dizaine. Prononcer un prix à voix haute, ou le faire écrire, évite bien des malentendus — n'hésitez pas à demander : viết ra được không? (« pouvez-vous l'écrire ? »).
Attention enfin aux billets : les coupures vietnamiennes se ressemblent par la couleur et abondent en zéros. Vérifiez bien la monnaie qu'on vous rend (tiền thối au Sud, tiền trả lại au Nord), surtout après un billet de 500 000, le plus gros — vite confondu avec celui de 20 000, de teinte proche.
Les phrases utiles de l'acheteur
Quelques formules, dites avec le sourire, transforment une transaction en vrai échange — et vous vaudront souvent un meilleur prix, simplement parce qu'on apprécie l'effort.
- Bao nhiêu tiền? (« bao gniou tièn ? ») — Combien ça coûte ?
- Đắt quá! (« dat koua ! ») — C'est trop cher !
- Giảm giá được không? (« zam za deuk khong ? ») — Pouvez-vous baisser le prix ?
- Bớt một chút đi! (« beute mote tchoute di ! ») — Un petit rabais, allez !
- Rẻ hơn được không? (« ré heune deuk khong ? ») — Un peu moins cher, c'est possible ?
- Tôi lấy cái này. (« toy lây kaï naï ») — Je prends celui-ci.
- Cảm ơn (« kam eune ») — Merci ; et không, cảm ơn pour décliner poliment.
N'oubliez pas les termes de respect qui adoucissent tout : appeler la marchande chị (grande sœur) ou cô (tante), le vendeur anh (grand frère) ou chú (oncle) selon l'âge, met d'emblée une chaleur dans l'échange. Un em chào chị (« bonjour, grande sœur ») lancé en arrivant vaut mieux que n'importe quelle tactique.
Le premier client et les petites superstitions
Un détail méconnu, mais très présent sur les marchés : le premier client de la journée compte énormément pour beaucoup de marchandes. On appelle cette première vente mở hàng (« meu hang »), « ouvrir la boutique ». On croit qu'une première transaction réussie, faite de bon cœur, porte chance à toute la journée ; à l'inverse, un client qui marchande longuement puis repart sans rien acheter est réputé « saler » la journée. Aussi, si vous êtes le premier passant au petit matin, la vendeuse sera souvent d'humeur généreuse — mais elle appréciera d'autant plus que vous ne fassiez pas traîner ni ne partiez les mains vides. Un petit achat conclu avec le sourire est le plus beau des mở hàng.
De la même logique naît une règle d'or de politesse : ne touchez pas longuement une marchandise que vous ne comptez pas acheter, surtout la première du matin. Regarder, demander le prix, discuter, c'est le jeu ; manipuler dix objets pour finalement tout reposer sans un mot laisse un goût amer. Achetez ou déclinez, mais toujours avec un cảm ơn et un sourire — c'est cela, au fond, qui vous fera revenir gagnant sur n'importe quel marché du pays.
À faire, à éviter au marché
Pour ne jamais faire fausse route entre deux étals, gardez en tête ce petit vade-mecum.
- À faire : marchander au marché (chợ), dans la rue, chez les ambulants.
- À éviter : marchander là où les prix sont affichés (supermarché, chaîne, resto à menu).
- À faire : sourire, plaisanter, garder le ton léger.
- À éviter : s'énerver, humilier le vendeur, s'acharner pour trois fois rien.
- À faire : demander le prix, proposer plus bas, être prêt à partir.
- À éviter : revenir sur un accord une fois le prix conclu.
- À faire : connaître ses nombres, faire écrire le prix en cas de doute.
- À éviter : payer sans vérifier la monnaie rendue et les gros billets.
- À faire : employer les termes de respect (chị, cô, anh, chú) et remercier.
- À faire, enfin : accepter parfois le premier prix quand il est déjà juste — le marchandage n'est pas obligatoire, seulement offert.
Marchander au Vietnam, bien compris, n'a rien d'une épreuve : c'est une conversation, un petit théâtre où l'on joue tour à tour l'étonné et le tenté, et d'où l'on ressort, si l'on a gardé le sourire, avec son achat et un souvenir bien plus précieux — celui d'avoir, un instant, parlé la langue du marché.
Le vietnamien à retenir
- chợ (tcheu) — le marché traditionnel
- đồng (dong) — la monnaie vietnamienne
- bao nhiêu tiền? (bao gniou tièn) — combien ça coûte ?
- đắt quá (dat koua) — c'est trop cher
- giảm giá (zam za) — baisser le prix, faire une remise
- bớt (beute) — réduire, rabattre (un peu)
- rẻ (ré) — bon marché ; rẻ hơn — moins cher
- giá niêm yết (za nième yète) — le prix affiché (non négociable)
- nghìn / ngàn (gnine / gnane) — mille (Nord / Sud)
- trăm (tcham) — cent
- tiền thối / tiền trả lại (tièn thoï / tièn tcha laï) — la monnaie rendue (Sud / Nord)
- em chào chị (ème tchao tchi) — bonjour, grande sœur (formule polie d'abord)