🎉 Fête · A1
La fête de la mi-automne (Tết Trung Thu)
La fête de la mi-automne célèbre la pleine lune et surtout les enfants, qui défilent la nuit avec des lanternes colorées. On y partage des gâteaux de lune (bánh trung thu) et l'on regarde la danse du lion.

Imaginez une ruelle de Hanoï un soir de début d'automne. La chaleur moite de l'été s'est un peu retirée, la lune est ronde et basse, presque orange, et soudain la rue se remplit d'enfants. Ils tiennent au bout d'un bâton des lanternes qui se balancent : des étoiles rouges éclairées de l'intérieur, des poissons, des papillons, parfois une locomotive en papier de couleur. Quelque part résonnent un tambour et des cymbales, un rythme rapide et joyeux, et l'on voit approcher une grosse tête de lion aux yeux écarquillés qui danse en secouant sa crinière. Bienvenue à Tết Trung Thu (tết troung thou), la fête de la mi-automne, l'un des moments les plus tendres et les plus colorés du calendrier vietnamien.
Une fête sous la pleine lune
Trung Thu se célèbre à la pleine lune du huitième mois lunaire, généralement quelque part en automne selon le calendrier occidental. Le nom lui-même le dit : trung signifie « milieu » et thu signifie « automne ». C'est donc, littéralement, la fête du « milieu de l'automne », le moment où la lune est réputée la plus pleine, la plus ronde et la plus lumineuse de l'année.
Cette lune n'est pas un simple décor. Elle est le cœur de la fête. Traditionnellement, on raconte que la récolte est engrangée, que le travail des champs marque une pause, et que les familles peuvent enfin lever les yeux vers le ciel ensemble. On dit trăng rằm (tchang zam) pour la « pleine lune », et contempler la lune, ngắm trăng (ngam tchang), fait pleinement partie de la soirée. Les adultes s'installent dehors, boivent du thé, partagent des gâteaux, tandis que les plus jeunes courent avec leurs lanternes.
La fête des enfants
S'il y a une chose à retenir de Trung Thu, c'est qu'elle est devenue avant tout la fête des enfants. On l'appelle d'ailleurs souvent Tết Thiếu Nhi (tết thi-ou nyi), la « fête des petits ». Ce soir-là, ce sont eux les rois. On leur offre des lanternes, des jouets, des friandises ; on organise pour eux des défilés, des spectacles, des jeux.
Cette place centrale de l'enfant donne à la fête une atmosphère particulière, faite d'excitation et de douceur. Les parents et grands-parents, souvent très occupés le reste de l'année, prennent ce temps pour leurs enfants. On raconte des histoires, on chante des comptines, on marche ensemble dans la rue. Beaucoup d'adultes vietnamiens gardent de Trung Thu des souvenirs d'enfance très vifs : l'odeur du gâteau de lune, la chaleur de la bougie dans la lanterne en papier, le son du tambour dans la nuit.
Lanternes, gâteaux et danse du lion
Trois éléments composent le décor de Trung Thu et méritent qu'on s'y arrête.
Les lanternes d'abord. On les appelle đèn lồng (dèn lông). Elles se déclinent en mille formes, mais la plus emblématique est l'đèn ông sao (dèn ông sao), la « lanterne étoile » : une étoile à cinq branches montée sur un cadre, tendue de papier cellophane coloré, que l'on porte au bout d'un bâton avec une bougie ou une petite lumière à l'intérieur. Quand des dizaines d'enfants la promènent dans la rue, la nuit se pique de points lumineux mouvants.
Les gâteaux de lune ensuite, les fameux bánh trung thu (banh troung thou). Ce sont de petits gâteaux denses, souvent carrés ou ronds, à la croûte fine et joliment moulée de motifs, garnis de pâtes sucrées ou salées. On distingue notamment le bánh nướng (banh nou-ong), cuit au four, à la croûte dorée, et le bánh dẻo (banh zéo), moelleux et blanc, à base de riz gluant. À l'intérieur, mille garnitures possibles : pâte de haricot mungo ou de graines de lotus, graines mélangées, et souvent, en son cœur, un jaune d'œuf salé qui évoque la pleine lune. On offre ces gâteaux, on en fait cadeau à ses proches, à ses collègues, à ses professeurs. Les partager, c'est célébrer les liens et les retrouvailles.
La danse du lion enfin, ou danse de la licorne, la múa lân (moua lan). Deux danseurs animent une grande tête colorée et un long corps de tissu : l'un porte et fait bondir la tête, l'autre suit courbé pour le corps. La bête danse au rythme d'un tambour, trống (trông), et de cymbales, saute, secoue sa crinière, quête des friandises de porte en porte. Souvent l'accompagne un personnage rieur au masque rond et au gros ventre, ông Địa (ông dia), qui agite un éventail et fait rire les enfants. La danse est censée porter chance et chasser les mauvais esprits.
La légende de Chú Cuội
Toute belle fête a sa légende, et Trung Thu ne fait pas exception. Selon la légende, un bûcheron nommé Chú Cuội (chou kou-i) découvrit un jour un arbre magique, un banian aux pouvoirs prodigieux, capable de ramener les êtres à la vie. On lui recommanda de ne jamais l'arroser avec de l'eau sale, sous peine de le voir s'envoler vers le ciel.
Un jour, par mégarde — les versions varient —, l'arbre commença à se déraciner et à s'élever vers les cieux. Cuội se précipita, s'agrippa aux racines, et fut emporté avec l'arbre jusque sur la Lune. Depuis, dit-on, il y demeure, assis au pied de son banian, contemplant la Terre lointaine. Les Vietnamiens racontent aux enfants que, les soirs de pleine lune de Trung Thu, si l'on regarde bien la surface lunaire, on peut apercevoir l'ombre de l'arbre et la silhouette de Chú Cuội, le bûcheron du ciel, qui attend patiemment. Cette histoire, chaleureuse et un brin mélancolique, ajoute à la contemplation de la lune une dimension rêveuse que les enfants adorent.
Les mets et les gestes de la fête
Trung Thu, comme toute grande fête vietnamienne, se vit aussi par la table et par les petits rituels partagés. Au-delà des gâteaux de lune, les familles disposent souvent, le soir de la pleine lune, un plateau de fruits appelé mâm cỗ (mam cô) ou mâm ngũ quả (mam ngou koua), le « plateau des cinq fruits ». On y arrange avec soin des fruits de saison — pomeaux, kakis, longanes, bananes, pommes-cannelle — parfois découpés et sculptés avec imagination : une pomme-cannelle transformée en hérisson, un pomelo dont les quartiers pelés forment un petit chien lumineux. Ce plateau, à la fois offrande et décor, réunit la famille autour d'un moment de contemplation avant que les enfants ne se jettent sur les friandises.
Il y a aussi les chants et les jeux. Les enfants entonnent des comptines liées à la fête, agitent leurs lanternes en cadence, et l'on retrouve d'un bout à l'autre du pays cette petite musique de tambour qui annonce la danse du lion. Dans certaines familles, on profite de la douceur du soir pour partager du thé, trà (tcha), dont l'amertume légère répond joliment au sucré des gâteaux. Offrir une boîte de bánh trung thu joliment emballée à ses proches, à ses aînés ou à ses professeurs est devenu un geste social important à l'approche de la fête : c'est une manière de dire son respect et son affection, un peu comme on offre des étrennes à d'autres moments de l'année.
Ces gestes disent l'essentiel de l'esprit de Trung Thu : la générosité, le soin apporté aux enfants et aux aînés, le plaisir de fabriquer de la beauté avec des choses simples — un fruit, une bougie, un morceau de papier coloré.
Une soirée pour se retrouver
Au fond, ce qui rend Trung Thu si attachante, c'est qu'elle mêle plusieurs plaisirs simples : la beauté d'une pleine lune d'automne, la joie des enfants, la gourmandise des gâteaux partagés, l'énergie de la danse du lion et la poésie d'une vieille légende. C'est une fête sans solennité écrasante, tournée vers la tendresse familiale et le plaisir d'être ensemble un soir doux.
Il faut aussi mesurer combien la fête a évolué avec le temps. Autrefois surtout familiale et rurale, liée au rythme des récoltes et à la contemplation de la lune, elle est devenue au fil des décennies une grande fête urbaine et enfantine, très visible dans les rues des villes. Les vitrines se couvrent de gâteaux de lune emballés, les quartiers s'illuminent de lanternes, et certaines rues de la vieille ville de Hanoï, réputées pour leurs jouets et leurs lanternes, se remplissent d'une foule joyeuse à l'approche du grand soir. Malgré ces transformations, l'esprit demeure : rassembler les générations, honorer les enfants, lever ensemble les yeux vers ông Trăng (ông tchang), « monsieur la Lune », comme on l'appelle affectueusement aux petits. C'est cette continuité entre l'ancien et le moderne qui rend Trung Thu si vivante aujourd'hui.
Pour qui apprend le vietnamien, Trung Thu est aussi une belle porte d'entrée dans la langue et l'imaginaire du pays. Chaque objet a son nom, chaque geste sa formule. Alors, quand l'automne reviendra et que vous verrez, dans une vitrine de quartier asiatique ou au cœur du Vietnam, des piles de bánh trung thu et des grappes de lanternes étoilées, vous saurez qu'approche la nuit où les enfants sortent avec la lumière au bout d'un bâton, sous la plus belle lune de l'année.
Le vietnamien à retenir
- Tết Trung Thu (tết troung thou) — la fête de la mi-automne
- trung thu (troung thou) — littéralement « milieu de l'automne »
- trăng rằm (tchang zam) — la pleine lune
- đèn lồng (dèn lông) — la lanterne (traditionnelle)
- đèn ông sao (dèn ông sao) — la lanterne en forme d'étoile
- bánh trung thu (banh troung thou) — le gâteau de lune
- bánh nướng (banh nou-ong) — le gâteau de lune cuit au four
- bánh dẻo (banh zéo) — le gâteau de lune moelleux au riz gluant
- múa lân (moua lan) — la danse du lion / de la licorne
- trống (trông) — le tambour
- Chú Cuội (chou kou-i) — le bûcheron de la légende, qui vit sur la Lune
- thiếu nhi (thi-ou nyi) — les enfants (dans « fête des enfants »)