🇻🇳 Symbole · A0

Le drapeau

Le drapeau rouge à étoile jaune (cờ đỏ sao vàng). Le rouge symbolise la révolution, l'étoile à cinq branches l'union du peuple.

Le drapeau

Imaginez une place immense au petit matin, le lac encore endormi, et soudain, hissé lentement le long d'un mât, un grand rectangle rouge sur lequel s'ouvre une étoile jaune d'or à cinq branches. Le rouge claque au vent, l'étoile semble prendre la lumière du soleil levant. Ce drapeau, les Vietnamiens l'appellent cờ đỏ sao vàng (prononcez à peu près « co dó sao vàng »), littéralement « le drapeau rouge à l'étoile jaune ». C'est l'un des symboles les plus reconnaissables du pays, présent sur les façades des maisons pendant les fêtes nationales, brandi dans les stades quand l'équipe de football fait chavirer tout un peuple, cousu sur les cartables des enfants. Derrière ces deux couleurs se cache toute une histoire de révolution, de sang versé et d'unité rêvée.

Deux couleurs, un peuple

Le drapeau vietnamien est d'une sobriété saisissante : un fond entièrement rouge (đỏ, « do »), et en son centre une étoile (sao) jaune d'or (vàng, « vang ») à cinq branches. Rien d'autre. Cette simplicité n'est pas un hasard : elle veut être lisible, mémorable, portée par tous.

Le rouge est la couleur de la révolution et du sang des martyrs, celles et ceux qui sont tombés pour l'indépendance du pays. Dans une région où le rouge évoque aussi la chance et la joie, cette couleur porte donc une double charge : le sacrifice et l'espérance. L'étoile jaune symbolise, elle, l'union du peuple vietnamien. Ses cinq branches sont traditionnellement associées aux cinq grandes composantes de la société mobilisées dans la lutte et la construction nationale : les ouvriers (công nhân), les paysans (nông dân), les soldats (bộ đội), les intellectuels (trí thức) et la jeunesse (thanh niên). Une étoile, cinq branches, un seul peuple qui marche ensemble : le message est limpide.

Le jaune, par ailleurs, est depuis des siècles une couleur impériale et solaire en Asie de l'Est. Poser une étoile dorée sur du rouge, c'est faire rayonner l'unité du peuple comme un soleil au centre de la nation.

Naissance d'un emblème

Le drapeau rouge à l'étoile jaune apparaît à la fin des années 1930 et au début des années 1940, dans le bouillonnement des mouvements pour l'indépendance contre la présence coloniale française. On l'associe aux soulèvements menés par le mouvement révolutionnaire de l'époque, notamment dans le sud du pays. Il devient rapidement l'étendard du Việt Minh, le front qui rassemble les forces luttant pour la libération nationale.

Le moment fondateur, c'est août 1945. Après la capitulation japonaise qui met fin à l'occupation, le Việt Minh prend le pouvoir lors de ce qu'on appelle la Révolution d'Août (Cách mạng Tháng Tám). Le 2 septembre 1945, sur la place Ba Đình à Hà Nội, Hồ Chí Minh proclame l'indépendance et la naissance de la République démocratique du Vietnam. Le drapeau rouge à l'étoile d'or devient alors le drapeau national.

Il faut se rappeler que le pays a ensuite traversé des décennies de guerre et de division. Pendant la période où le Vietnam est coupé en deux, ce drapeau est celui du Nord. Le Sud, lui, arbore un drapeau jaune à trois bandes rouges. Après la réunification du pays au milieu des années 1970, le drapeau rouge à l'étoile jaune devient l'emblème de tout le Vietnam réunifié, sous le nom de République socialiste du Vietnam (Cộng hòa Xã hội Chủ nghĩa Việt Nam). L'étoile, dont les branches avaient au début des contours légèrement plus arrondis, a été redessinée avec des pointes plus nettes et droites, telle qu'on la connaît aujourd'hui.

Le drapeau dans la vie quotidienne

Un drapeau n'existe vraiment que dans les gestes de ceux qui le vivent. Au Vietnam, le cờ đỏ sao vàng est partout, mais il flambe particulièrement à certaines dates. Lors de la fête nationale (Quốc Khánh), le 2 septembre, les rues se couvrent de rouge : chaque maison, chaque commerce, chaque immeuble officiel accroche son drapeau. Pendant le Tết (Tết Nguyên Đán), le Nouvel An lunaire, on le retrouve aussi mêlé aux décorations, car il porte cette couleur rouge déjà associée au bonheur.

Il y a un moment que tout voyageur au Vietnam n'oublie pas : les soirs de match. Quand l'équipe nationale de football gagne, des dizaines de milliers de scooters déferlent dans les avenues, drapeaux au poing, klaxons hurlants, jeunes debout sur les selles, visages peints en rouge et jaune. On appelle cela « đi bão » (« aller dans la tempête »), et c'est peut-être là que le drapeau vit le plus intensément : non pas comme un symbole officiel figé, mais comme la joie brute d'un peuple qui se reconnaît dans deux couleurs.

Sur la place Ba Đình, devant le mausolée de Hồ Chí Minh, la cérémonie quotidienne de lever et de descente du drapeau attire les curieux : la garde en uniforme blanc, le pas lent et solennel, le silence. C'est un rituel qui rappelle le poids historique de ce carré d'étoffe.

Tiến Quân Ca, l'hymne qui accompagne l'étoile

On ne peut pas parler du drapeau sans parler de l'hymne qui monte quand il s'élève. L'hymne national vietnamien s'appelle Tiến Quân Ca, ce qu'on peut traduire par « le chant de l'armée qui avance » ou « la marche vers le front ». Il a été composé par le musicien Văn Cao dans les années 1940, dans le contexte de la lutte pour l'indépendance.

C'est une marche vibrante, martiale, qui appelle le peuple à se lever et à avancer d'un même pas. Les premiers mots, « Đoàn quân Việt Nam đi… » (« L'armée du Vietnam s'avance… »), sont connus de tous les écoliers du pays. Chaque lundi matin, dans les cours d'école, les enfants se rangent, chantent l'hymne et regardent monter le drapeau : c'est le chào cờ (« le salut au drapeau »), un rituel hebdomadaire qui grave dès l'enfance le lien entre les couleurs, la musique et l'idée de nation.

Il faut noter une nuance de vocabulaire délicieuse : en vietnamien, le mot cờ désigne à la fois le « drapeau » et le jeu d'« échecs » ou de dames — deux univers où l'on avance ses pièces vers la victoire. La langue aime ces glissements de sens.

Un protocole et des gestes

Comme tout emblème national, le drapeau vietnamien obéit à des règles précises et à une étiquette silencieuse. Sur les bâtiments officiels, il flotte du lever au coucher du soleil ; lors des deuils nationaux, on le met en berne, abaissé à mi-mât, parfois orné d'un ruban noir. Les proportions du rectangle et de l'étoile sont normalisées, afin que le même dessin se retrouve à l'identique sur un timbre minuscule comme sur les immenses toiles tendues au fronton des ministères.

Il y a aussi une géographie du drapeau qui frappe les voyageurs. Au poste-frontière de Lũng Cú, tout au nord du pays, un gigantesque drapeau claque au sommet d'une tour de pierre : c'est le point le plus septentrional du Vietnam, et l'étoile qui y flotte marque symboliquement le « toit » de la nation. À l'autre bout, dans les provinces du delta du Mékong ou sur les îles, le même rouge et la même étoile rappellent l'unité d'un territoire tout en longueur, étiré sur plus de mille cinq cents kilomètres.

Enfin, le drapeau voyage. Partout dans le monde où vit la diaspora vietnamienne — et elle est nombreuse —, le rouge à l'étoile jaune, mais aussi d'autres drapeaux liés à l'histoire complexe du pays, ressurgissent lors des fêtes, des manifestations culturelles et des matchs. Un simple carré d'étoffe cristallise ainsi des mémoires, des attachements et parfois des débats, preuve qu'un drapeau n'est jamais qu'un objet : c'est un condensé d'histoire vivante que chacun porte en soi.

Un carré d'étoffe, tout un imaginaire

Ce qui frappe, avec le drapeau vietnamien, c'est sa capacité à condenser une histoire entière dans deux couleurs et cinq branches. Il ne cherche pas la complexité héraldique des blasons européens. Il va à l'essentiel : le rouge du courage et du sacrifice, l'or de l'unité rayonnante. Un enfant peut le dessiner. Un stade entier peut l'agiter. Une nation peut s'y reconnaître. C'est sans doute pour cela qu'il tient : parce qu'il parle à tous, du vieux paysan au jeune supporter, sans avoir besoin d'un mode d'emploi. On le comprend d'un regard, on le porte d'un geste, on le transmet sans un mot.

Quand vous verrez, dans une ruelle de Hà Nội ou sur un balcon de Sài Gòn, ce grand rectangle rouge frappé de son étoile dorée qui claque au vent, vous saurez désormais lire ce qu'il raconte : un peuple qui, à travers des décennies d'épreuves, a voulu tenir ensemble sous une même étoile. Cờ đỏ sao vàng. Le drapeau rouge à l'étoile jaune.

Le vietnamien à retenir

  • cờ (co) — le drapeau (aussi : le jeu d'échecs)
  • cờ đỏ sao vàng (co dó sao vàng) — « le drapeau rouge à l'étoile jaune », le drapeau national
  • đỏ (do) — rouge
  • vàng (vang) — jaune, doré ; aussi « l'or »
  • sao (sao) — l'étoile
  • ngôi sao năm cánh (ngoï sao nam cang) — l'étoile à cinq branches
  • Việt Minh (viêt minh) — le front de libération nationale des années 1940
  • Quốc Khánh (kouôk kang) — la fête nationale
  • Tiến Quân Ca (tiên kouân ca) — « le chant de l'armée qui avance », l'hymne national
  • chào cờ (tchao co) — le salut au drapeau (rituel scolaire)
  • độc lập (dôp lâp) — l'indépendance
  • thống nhất (thông nyât) — l'unité, la réunification

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